Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  POLITIQUE CANTONALE

Paru dans le 25 sept. 2003

1. Quel éclairage pensez-vous que votre formation et votre expérience de médecin pourraient apporter au canton en cas d'élection?

Ma formation de médecin, puis ma pratique médicale pendant 25 ans, m'ont d'abord apporté une bonne connaissance de l'être humain. Et dans la spécialité qui est la mienne, on voit défiler un très large éventail de la population, des tous petits jusqu'aux tous vieux, hommes, femmes atteints de pathologies plus ou moins graves et provenant de toutes les classes sociales. Avec la temps, on finit par avoir de la personne humaine une bonne appréhension, qui va bien au-delà des questions de santé. De plus, la formation médicale étant à la fois scientifique et humaniste, elle prépare à une vision de synthèse et à la décision prompte et réfléchie qui sont nécessaires à l'action politique. La formation scientifique, en outre, notamment par la préparation d’une thèse, permet d'avoir un regard à la fois critique et autorisé sur les arguments plus ou moins solides présentés à l'appui de théories ou de projets politiques.


2. Votre appartenance au corps médical a-t-elle influencé et influencerait-elle vos décisions en matière de politique?

On ne peut pas s'abstraire des loyautés que l'on a eues avec des amis et des confrères, tout comme on ne peut pas oublier ses compétences personnelles; et l'on ne peut pas faire abstraction du fait que, ayant été un indépendant durant 20 ans à la tête d'une petite PME, on a su ce qu'était l'incertitude économique permanente et la nécessité de boucler un budget. Mais je n'entends être l'otage de personne. Si je suis élu, je ne me sentirai obligé ni de suivre les consignes de mon parti, ni celles de ma profession. Je me sens extrêmement libre de tout groupe de pression, et cette liberté est essentielle à l’action politique.


3. Que faudrait-il faire prioritairement pour résoudre les problèmes du financement du système de santé?

Je vois deux pistes prioritaires. Tout d'abord, réfléchir plus systématiquement à l'efficacité des moyens engagés, et dans ce sens, le corps médical n'a pas toujours l'esprit critique que l'on attend de lui. Prenons un exemple. Si l'on étudie l'évolution des prix dans l'ambulatoire, on constate que l'accroissement des coûts est quasi nul dans les cabinets privés, qu'ils augmentent de façon importante dans l'ambulatoire hospitalier et qu'ils explosent dans le domaine des coûts des médicaments. Cette évolution est justifiée si l'on admet que l'on remplace des médicaments anciens par de nouveaux plus efficaces mais plus chers. Elle devient criticable lorsque, généralement au nom de la prévention, les médecins se rendent complices d’une restriction systématique des normes par abaissement des valeurs limites. Exemple: le taux de cholestérol. Chaque fois que l'on abaisse la limite, on augmente de façon considérable le nombre de patients qui doivent bénéficient du traitement, sans se rendre compte que cela représente des coûts énormes qui se répercutent ensuite sur l'ensemble du système de santé. D'autre part, il existe une propension, dans certains milieux de la santé, à entreprendre de multiples études trop souvent redondantes. S’il est tout à fait admissible que les chercheurs se lancent dans des études, il n'est pas admissible de demander aux pouvoirs publiques de contribuer systématiquement au financement de ces travaux.


4. Après la clause du besoin et la suppression de l’obligation de contracter, quel est l’avenir de la médecine libérale?

La clause du besoin marque un tournant entre la médecine libérale et indépendante et la médecine d'Etat, tournant qui est beaucoup plus important que ce la n'a été pressenti par ceux qui l'ont décidé. C'est tout à fait symptomatique dans le comportement de l'Association des médecins assistants. Aussi longtemps qu'ils avaient la perspective de devenir des indépendants, ils acceptaient les contraintes liées à la formation hospitalière comme une sorte d'investissement. Au moment de la mise en place de cette restriction drastique à la liberté d’’exercer en pratique privée, ils ont cessés de se comporter en futurs indépendants et sont devenus des employés salariés, avec revendication d’horaires et méthodes syndicales. Tant que l'on n'aura pas supprimé cette clause du besoin, le climat n'ira qu'en s'aggravant entre le service de la santé publique et les médecins assistants, ce qui annonce des perspectives plutôt sombres pour l'avenir de la profession.


5. Si vous êtes élu, quel département souhaiteriez-vous diriger prioritairement? Et pourquoi?


Si je suis élu, je serai le septième d'une équipe et ce ne serait pas à moi de manifester quelque prétention que ce soit au niveau du choix d'un département.


6. Souhaitez-vous faire passer un message à vos futurs électeurs, qu'ils soient médecins ou non?


Je suis inquiet de la dégradation de notre cohésion sociale. La vie en société est fondée sur un échange entre ce que l’individu lui apporte et ce qu’il reçoit. Depuis une génération au moins, on ne parle plus que de revendications, de droits sociaux, c’est-à-dire de ce que l’individu tire de la société. On ne parle plus des devoirs, de ce que l’individu apporte. C’est ainsi que l’on a puisé dans la cohésion sociale, comme si elle était sans limite. S’agissant des ressources naturelles, les écologistes ont su faire comprendre qu’elles n’étaient pas inépuisables, qu’il fallait les ménager et les respecter. De la même manière, je considère que la cohésion sociale n’est pas sans limite et qu’il est temps de la reconstruire en remettant en valeur ce que l’individu doit apporter aux autres et en valorisant tous ceux qui contribuent positivement à la prospérité générale. C’est un vaste programme, qui signifie un changement de mentalité dans la classe politique et dans l’administration.


7. Question un peu plus personnelle… Comment envisagez-vous aujourd'hui le fait de devoir quitter votre patientèle et votre métier de médecin praticien si vous êtes élu?

J'ai eu la chance de m'associer avec un confrère qui partage ma conception de la médecine, ce qui offrirait à mes patients le plus de continuité possible s'ils devaient changer de médecin. Pour ma part, le plaisir que j’ai à rencontrer souvent dans la rue d’anciens patients me serait sans doute accordé même si je changeais de métier. Et puis, il y a 20 ans que je suis dans ce cabinet et l'idée de vivre une autre aventure professionnelle me passionne.



 

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