Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 30 sept. 2004

Les traditionnels pourfendeurs de l'enseignement contemporain s'en prennent au « Plan d'études cadre romand ». Le projet d'harmonisation serait trop porté sur les missions éducatives de l'école, au détriment de l'instruction.

LES FAITS Des associations scolaires vaudoises et genevoises se sont réunies hier matin à Morges afin de synthétiser leurs critiques sur le « Plan d'études cadre romand » (PECARO), dont la consultation s'est achevée au 1 er septembre. Leur principal reproche: un projet trop vague, difficile à comprendre et faisant la part trop belle à un enseignement centré sur le développement de la personnalité de l'élève, au détriment de l'instruction accessible à tous.

Après la guerre des notes, le PECARO. Derrière cet acronyme, des centaines de pages sur les contenus que les écoles romandes devraient, à l'avenir, mettre en musique. Le plan d'études cadre romand (lire encadré) est d'ores et déjà combattu avec véhémence par une frange d'associations.

Hier à Morges, le député libéral Jacques-André Haury a ouvert les feux. Pour lui, il y a aujourd'hui urgence à rendre « politiquement acceptable » un projet qui, à l'instar de toutes les récentes réformes de l'école, consacre une approche « socioconstructiviste » de l'enseignement. En d'autres termes, les détracteurs de l'école d'aujourd'hui lui reprochent de viser une appropriation du savoir par l'élève au fur et à mesure que ses capacités le lui permettent. Cette approche diffère fondamentalement de l'enseignement par le vecteur «cognitif», où l'enseignant apprend aux élèves des règles et des connaissances bien circonscrites.

Attention à la privatisation !
L'AVEC (Association vaudoise pour une école crédible), regroupant quelque 300 profs rétifs à l'enseignement individualisé, va plus loin: « Cette école romande aux objectifs si vagues pourrait devenir la proie de ceux qui veulent la privatiser. » Olivier Pichard, secrétaire de l'AVEC, milite avec force pour une école républicaine accessible à tous.

Paradoxalement, ceux que l'on a perçus, lors des débats pour le retour des notes, comme des élitistes semblent renouer avec le désir d'une école plus équitable. Jean Martin, membre d'ARLE, l'association genevoise pour refaire l'école, a notamment mis en avant une étude anglo-saxonne qui désignait la méthode « frontale » d'enseignement (le maître instruit les élèves et ceux-ci enregistrent) comme seul moyen de sauver les enfants des couches défavorisées.

En plus de son fondement idéologique fortement contesté, PECARO comporte, selon ses adversaires, le grave défaut d'être opaque. De nombreux orateurs ont dénoncé hier le manque de lisibilité des centaines de pages du projet. Hormis le jargon, ses détracteurs lui reprochent de laisser tomber des branches comme le latin et le grec.

Enfin, et ce ne serait pas la moindre de ses tares, PECARO n'est pas démocratique. Pour l'heure, les départements romands de l'Instruction publique entendent rédiger un concordat à l'adresse des parlements. L'ennui, selon Jacques-André Haury, c'est qu'un tel document pourrait mettre à mal l'un des piliers du fédéralisme suisse, à savoir le fait que l'école est, par définition, cantonale: « Dans un concordat, les différents parlements aliéneraient leur autorité, laissant le pouvoir aux spécialistes des départements qui administrent l'école. »

Un ouvrage « à stabiliser »
Invité au séminaire, Jean-François Steiert, délégué scolaire vaudois aux affaires intercantonales, a précisé que le PECARO restait un ouvrage « à stabiliser ». « Il est vrai, a-t-il admis, que ce projet touche un domaine politique très vaste et qu'il est, pour l'heure, confiné dans les différents départements de Suisse romande. » On attend donc maintenant que les responsables politiques sortent du bois pour répondre aux attaques contre le PECARO.

Les détracteurs du PECARO se sont réunis, hier à Morges, pour synthétiser leurs critiques. Ici: le député libéral Jacques-André Haury et Jacqueline Lugrin, présidente de l'Association des parents intéressés et concernés par la scolarité (ASPIC). Céline Michel

Lise Bourgeois

Le Centre patronal relance le bon scolaire
Pour la maison de Paudex, il faut libérer l'école de son carcan administratif et donner la liberté de choix en matière d'établissement scolaire.

Un pamphlet suit l'autre. Un mois à peine après avoir prodigué ses conseils au gouvernement sur des finances vaudoises qui partent « à vau-l'eau », le Centre patronal repart en guerre. Dans sa livrée jaune caractéristique, le nouveau numéro d ' Etudes et enquêtes se conjugue cette fois à l'impératif: « Libérez l'école !» Comprenez: de ses « carcans administratifs ». Le Centre patronal argumente à grands coups de comparaisons internationales, tirant opportunément parti d'une leçon donnée par les pays en tête de peloton des études (PISA), explique Jean-Philippe Chenaux, l'un des coauteurs et secrétaire patronal à Paudex.

Décentralisation et pluralisme pédagogique comme en Finlande, où le corps enseignant choisit ses méthodes: « Dans certains établissements municipaux, des classes fonctionnent sur le mode « Montessori » ou « Freinet ». Ou transfert des responsabilités en matière scolaires. En Suède, « le financement de chaque école indépendante est assuré par la Municipalité à hauteur de 85% du coût d'un élève dans le système public local ».

« Un vieux classique »
A quoi ressemblerait l'école vaudoise libérée ? « Entre les excès d'un jacobinisme pétrifié et ceux d'un libéralisme débridé, il doit y avoir place pour des formules raisonnables, résume Jean-Philippe Chenaux. Le directeur d'école est devenu un gestionnaire. Cela est dû en partie aux années de plomb, des années qui nous ont imposé des méthodologies terribles. »

D'où sans doute l'idée de ressortir un vieux classique, presque oublié durant la querelle des notes: le bon scolaire. Il y a vingt ans (24 heures du 13 septembre 1984), on discutait déjà au Grand Conseil vaudois une motion (Santschi) sur «le problème de la liberté du choix du mode d'instruction des enfants facilité par des défalcations fiscales pour les frais d'écolage». Motion finalement renvoyée en commission. Si le peuple vaudois ne s'est finalement jamais prononcé sur le sujet, l'idée d'une ristourne partielle d'impôt aux parents d'enfants qui ne fréquentent pas l'école publique refait surface périodiquement.

«Corriger une injustice»
Plus récemment, le bon scolaire a subi l' « estocade fatale » de Pierre-Yves Maillard au Grand Conseil (1998), Francine Jeanprêtre ne voulait pas en entendre parler (1999) et les constituants ont levé leur bouclier pour s'y opposer (2000). La dernière tentative date d'il y a trois ans, lorsque l'Association vaudoise des écoles privées (AVDEP) lançait une action « symbolique »: 1 million de francs à disposition des parents qui souhaitaient inscrire leurs enfants dans une école privée mais qui n'en ont pas les moyens. Alors pourquoi persister ? « Ce bon scolaire focalise contre lui les critiques les plus irrationnelles et les plus sottes », note Jean-Daniel Nordmann, coauteur, fondateur et directeur de l'Ecole de la Garanderie, à Lausanne. « On veut faire croire qu'il n'aurait d'autre conséquence que de favoriser les familles les plus aisées. Nous démontrons au contraire que le bon scolaire vise d'abord à corriger une injustice. » Les Américains n'ont pas attendu pour l'introduire que George W. Bush en fasse l'un des thèmes de sa campagne en 2000.

Intervenant à titre d'éditeur, le directeur du Centre patronal, Jean-François Cavin, a expliqué qu'à la lecture de cet ouvrage il avait senti « comme une libération », en ajoutant: « Ce livre positif ne combat pas un ennemi, sauf peut-être les amateurs bien-pensants du monopole scolaire public. » Le lecteur est prévenu.

François Othenin-Girard

PECARO, kesako ?

EXPLICATION Le « Plan d'études cadre romand » a pour but d'harmoniser l'école.

A l'origine, un vœu émis par de nombreux parents qui aimeraient déménager d'un canton à l'autre sans mettre en péril la scolarité de leurs gosses. En 2003, les patronnes et patrons des écoles de Suisse romande ont mis au point un document définissant les missions de l'école. Collant parfaitement à cet opus, le PECARO décrit les programmes que devraient suivre à l'avenir les écoles obligatoires des cantons romands. Le document comprend plus de 400 pages et énumère les différentes disciplines à privilégier, ainsi que les objectifs (nommés « balises ») à atteindre dans chaque branche.

Le PECARO ne se contente pas de décrire par le menu des programmes scolaires, mais suggère des méthodes pédagogiques. Surtout, et c'est là que ses opposants grimpent aux murs, le PECARO réserve une partie de ses préceptes à la partie « éducative » de l'enseignement, incitant, notamment, les enseignants à permettre le développement personnel des élèves. On n'est pas loin, estiment ses détracteurs, de faire de la psychologie en classe.




 

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