Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
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Cessons de banaliser le cannabis

Paru dans 24 Heures le 2 août 2006

Ces jeunes, ce sont nos enfants. Ils se font interpeller par dizaines dans certains festivals, en infraction avec la loi sur les stupéfiants, à la frange glauque des substances illégales et de l'argent douteux donnant accès à leurs «joints» quotidiens.

Ces jeunes, ce sont nos enfants. Dès 12 ans, ou plus jeunes encore, ils passent leurs soirées avec des copains, à fumer, à «se péter», à consommer de l'alcool. Après quoi, échec scolaire, rupture de liens familiaux, marginalisation deviennent leur vie quotidienne. Délinquance, violence, situation sans lendemain. Après quelques années de «galère», certains finissent par émarger à l'assurance invalidité, pour motif psychiatrique.

Ce sont des pères qui vous expliquent que, devenu consommateur régulier de cannabis, leur fils a échoué dans toutes ses tentatives de formation professionnelle et vit aujourd'hui de petits boulots, voire de larcins. Des enseignants toujours plus nombreux tirent la sonnette d'alarme.

Les témoignages individuels sont confirmés par les statistiques montrant l'étendue du désastre. La Suisse figure dans le peloton de tête des pays européens en matière de consommation de cannabis chez les jeunes. Cette consommation a doublé en Suisse en dix ans, et les jeunes fument de plus en plus tôt. A cela, il faut ajouter que le taux de THC, la substance active, a quasiment décuplé au
cours de la même période.

Les soixante-huitards – et soixante-huitardes – attardés, qui mélangent le souvenir de leurs premiers joints avec celui de leurs premiers émois pubertaires, donnent volontiers au cannabis une connotation doucereuse, libertaire et pacifique. C'est faux. On a démontré que le taux de violence chez les jeunes était multiplié par cinq lorsqu'ils s'adonnent régulièrement à la consommation de cannabis. Sait-on que le terme d'«assassin» vient de l'arabe hachchâchî, nom donné au XIe siècle à une secte de consommateurs de hachisch réputés pour leur extraordinaire
brutalité?

Notre responsabilité d'adultes et de citoyens est désormais de tout mettre en œuvre pour que régresse ce drame au sein de notre jeunesse. Drame pour les jeunes concernés et leurs proches, d'abord. Mais aussi drame social puisqu'il fait émarger à l'aide publique ceux qui devraient appartenir aux forces vives de la société. Certes, mais comment?

Les grands débats de société se gagnent d'abord par les idées. Il convient avant tout de briser le climat de banalisation qui entoure la consommation de cannabis. Dans ce but, le Grand Conseil vaudois a récemment souhaité que soient publiées des informations sur les drogues consommées lors d'accidents de la circulation, comme on le fait pour l'alcool.

Cette démarche devrait être faite dans d'autres domaines. Dans celui de la délinquance, lors d'actes de violence, en particulier de racket ou de violence sexuelle. Ou dans celui d'autres accidents. Le 11 juillet dernier, l'ISPA (Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies) indiquait que 25 à 50% des noyades étaient dues à l'alcool. Pourquoi ne rien dire sur les drogues, qui ont le même effet de désinhibition? Publions les consommations régulières de «joints» dans les statistiques d'échec scolaire. Et dans celles de l'invalidité pour motif psychiatrique chez les jeunes.

Violence, délinquance et marginalisation des jeunes sont devenues l'un des problèmes majeurs de notre société. Il est temps d'établir le rôle joué par le cannabis.




 

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