Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 2 oct. 2017

En ce 500e anniversaire de la Réformation, un protestant est à l’aise pour parler de l’usage des langues en matière religieuse. Luther a traduit la Bible en allemand, Olivetan a publié à Neuchâtel la première Bible en français : afin de relier le croyant au texte sacré, sans l’intermédiaire du clergé de Rome.

Le cas de l’Imam Abu Ramadan, de Bienne, dont les propos prétendument haineux auraient été mal traduits de l’arabe en français, illustre le fossé qu’entretient, entre les musulmans et la société d’accueil, l’usage d’une langue qui n’est pas la nôtre.

Il ne s’agit pas d’interdire à des prédicateurs de s’exprimer dans leur langue maternelle. Dans ce sens, la récente motion adoptée par le Conseil national a toutes les chances de faire chou blanc, au motif du respect des libertés religieuses.

Mais c’est la notion d’intérêt public qui est en jeu. Nous le disons sans aucune hésitation : la pratique d’une langue étrangère dans une communauté religieuse contribue au communautarisme et s’oppose à l’intégration. C’est valable autant pour l’arabe que pour l’anglais : à nos yeux, la communauté anglicane, pour le motif qu’elle célèbre ses cultes en anglais, peut certes continuer à exister et à se développer, mais ne contribue pas à l’intérêt public et ne doit pas être reconnue comme telle.

D’ailleurs, l’arabe, quoi qu’en disent les plus intégristes, n’est pas la seule langue de l’Islam. La communauté albanaise célèbre en albanais, la communauté bosniaque célèbre dans sa langue, et cela contribue à faire perdurer des divisions communautaristes qui, à l’évidence, empêchent toute démarche d’intégration. Il s’y ajoute que le prédicateur qui prêche en arabe acquiert, auprès de certains jeunes qui comprennent mal cette langue, une aura de pureté et d’authenticité qui enflamme les fanatismes.

Beaucoup souhaitent, avec raison, que les Imams soient formés chez nous. C’est vite dit, mais pas simple à réaliser. Et d’abord, par qui seront-ils formés ? Exiger que, comme condition de reconnaissance d’une communauté musulmane, les prêches y soient prononcés en français (ou au moins dans une langue nationale) obligera les Imams à maîtriser cette langue. En rappelant que l’apprentissage d’une langue constitue une introduction à sa culture et à ses valeurs.

On n’empêchera pas quelques prédicateurs excités de s’exprimer dans n’importe quelle langue. Certaines prières rituelles demeureront en arabe, en latin ou en hébreux. Mais notre société vaudoise est en droit d’exiger que, dans une communauté reconnue d’intérêt public, les prédications soient prononcées en français. D’ici une ou deux générations, d’ailleurs, les musulmans qui s’intègrent chez nous ne comprendront plus d’autre langue et nous remercierons d’avoir posé cette exigence. Comme les chrétiens qui ont oublié leur latin.

Jacques-André Haury, ancien député, Lausanne




 

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