Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  VIOLENCE

Paru dans 24 Heures le 14 juin 2003

La violence nous inquiète. Présente dans les manifestations entourant le G8, elle se développe chaque jour dans nos rues et dans les préaux de nos écoles. Seuls ceux qui oeuvrent à l’anéantissement de notre société peuvent la banaliser ou lui chercher des excuses.

Peut être le moment est-il venu de remettre en cause certaines des idées dominantes qui ont progressivement façonné la pensée et l’action politique dans notre pays. Et parmi elles, la relation à l’autorité. Mai 68 a affirmé que l’ « autorité est aliénante ». Cette idée a fait son chemin depuis plus de trente ans, et depuis trente ans, elle a progressivement imprégné toute notre politique éducative, notre politique sociale et notre politique de sécurité publique.

Il est toujours nécessaire de dénoncer les abus d’autorité. Il toujours nécessaire d’empêcher les abus de pouvoir et de protéger ceux qui en sont victimes. Mais on est allé bien au-delà. Jusqu’à créer le monde du copain universel. Les parents-copains, les profs-copains, les policiers-copains, et même les Conseiller-ère-s d’Etat–copains. Ce monde du grand copinage véhicule son langage. Tout devient « dialogue », tout devient « partenariat ». Tout se « négocie » pour aboutir à des « chartes ». Derrière ces modes, une pensée : tous sont égaux ! Le professeur est l’égal de l’élève, le policier est l’égal du manifestant, le Conseiller d’Etat est l’égal du citoyen. Et puisque chacun est l’égal de chacun, la vérité des uns est égale à celle des autres : inutile de prétendre distinguer le bien du mal. Si ma vérité est la violence, je frappe. C’est mon droit.

L’égalité est celle des individus. Mais elle n’est pas celle des fonctions. La société confie à un certain nombre de gens des missions d’intérêt général. Dans l’exercice de ces fonctions, ils incarnent les intérêts de la société toute entière. Le professeur reçoit de la société la mission d’instruire les jeunes générations. Le policier reçoit de la société la mission d’assurer l’ordre public. Le Conseiller d’Etat reçoit de la société la mission de défendre l’intérêt supérieur de l’Etat. Dans l’exercice de leur mission, ces divers agents ne sont plus les égaux de tel ou tel citoyen. Ils exercent une autorité, que le peuple leur a confiée démocratiquement. S’il ne peuvent concilier cette autorité avec leur sensibilité personnelle, ils n’ont qu’un choix : démissionner.

Une conseillère d’Etat, en bonne camarade, se déplace personnellement pour négocier- et céder en partie - l’emplacement d’un campement, en oubliant qu’elle déprécie ainsi l’autorité de sa fonction et celle de toute la hiérarchie chargée de régler ces dispositions. On ne s’étonne pas que, trois jours après, un de ses collègues se laisse couvrir de crème Chantilly, sans se soucier de l’humiliation qui est faite à l’Etat lui-même.
C’est dans ce contexte que les forces de police renoncent à une intervention rapide pour isoler les manifestants violents, parce que cela aurait été  contraire aux accords passés  avec les organisateurs. Et l’on semble admettre que l’intervention des gardiens de la paix se négocie avec quelques manifestants qui ne représentent qu’eux-mêmes.

Dans notre population pacifique, le désarroi est grand. La création à Lausanne d’un « observatoire de la violence » est ressentie comme un aveu d’impuissance. Beaucoup réclament l’intervention plus musclée des forces de l’ordre.

La réponse à la violence n’est pas la force, mais l’autorité. Prenez l’exemple de deux élèves qui se bagarrent : un professeur qui a de l’autorité, s’il s’en approche, provoque l’arrêt des hostilités ; au contraire, celui qui n’a pas d’autorité s’expose à recevoir les coups. Lorsque la seule présence de la police ne suffit plus à décourager les délinquants, c’est qu’elle a perdu son autorité.

Il est urgent de rendre à l’autorité ses lettres de noblesse. Il est urgent que ceux qui sont investis d’une mission publique revendiquent l’autorité liée à leur fonction et la fassent respecter. A commencer par les magistrats eux-mêmes. Pour sortir de l’engrenage de la violence, la société n’a pas besoin de copains-négociateurs-sympas, mais d’hommes et de femmes responsables, attachés à asseoir leur autorité et à défendre celle de leurs collaborateurs.




 

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