Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  VIOLENCE SCOLAIRE

Paru dans le 10 août 2001

Dans l’insécurité, toute activité devient impossible. Au moment où les services de police constatent une augmentation de la violence urbaine juvénile, lorsque des maîtres ont peur d’intervenir, lorsque des enfants ont peur de se rendre à l’école, la situation devient alarmante. Mais il ne faut pas aborder le problème à l’envers.

Nos sociologues, nos pédagogues, nos psychiatres de l’adolescence se préoccupent de la violence chez les jeunes, et c’est tant mieux. Ils cherchent à expliquer comment un enfant « devient » violent. Difficultés économiques, violences subies antérieurement dans la famille ou dans la guerre, perte d’identité. Ils tentent de « resituer ce phénomène dans un contexte psychopathologique » .

Comme si l’enfant, de naissance, était amical, pacifique et généreux, mais devenait violent par accident, sous l’influence d’éléments extérieurs. L’enfant ne naît ni violent, ni civilisé. Son comportement social, bon ou mauvais, est le fruit d’un long processus d’éducation, au contact de sa famille et de la société. L’école sait bien qu’elle doit contribuer à civiliser les enfants. Mais choisit-elle les bons moyens ?

Ne pas jouer avec les innovations pédagogiques
Enseigner qu’un conflit se règle par un échange de mots ou un arbitrage extérieur ; remplacer l’usage de la force par une compétition intellectuelle ou sportive : ce sont les progrès apportés par une civilisation. Ces progrès s’expriment sous forme de règles.

Or la mode pédagogique a supprimé dans l’école l’apprentissage de règles. Les règles ont disparu  des manuels de langues ou de mathématiques. Parce que, dit-on, il faut que l’élève les découvre par lui-même. Le phénomène ne s’arrête pas là. A la règle, toujours collective, on a supplanté l’individualisme absolu. Progression individuelle de l’élève plutôt que moyenne de classe. Charte comportementale élaborée au sein de la classe plutôt qu’un règlement d’établissement. Contrats d’apprentissage plutôt qu’exigences imposées. Vous trouvez que je mélange tout ? Bien au contraire. En apprenant à l’enfant que la grammaire obéit à des règles, on lui fait découvrir que les relations entre élèves, que les relations avec les adultes obéissent aussi à des règles. Les rénovateurs de notre pédagogie feraient bien de se livrer à cet effort de synthèse lorsqu’ils s’inquiètent de la violence à l’école. Une école sans règles prépare une société de violence.

Que d’autres facteurs sociaux ou psycho-pathologiques jouent leur rôle est indéniable. Mais l’école a sa part de responsabilité. On souhaite que des réflexions de ce type trouvent leur place dans la nouvelle Haute Ecole Pédagogique. Elles sont fondamentales. On ne peut à la légère imposer aux enseignants des innovations pédagogiques par effet de mode, puis jouer les naïfs lorsque le climat se dégrade.

Quelques encadrés hors texte

Conséquences financières
Le département impose  une école sans règles à coup de recyclage et de renouvellement du matériel pédagogique. Puis elle se voit obligée de multiplier les postes de psychologues et de médiateurs. C’est cher ! Quand les choix politiques sont faux, il ne faut pas demander aux gestionnaires d’équilibrer les budgets ! 

Les notes ou les coups
Citation des propos d’un élève dans un article consacré à la violence chez  les jeunes (24-heures, 24.2.01) : « Avant, il fallait avoir les meilleurs notes pour être la vedette, maintenant, il faut être le plus fort physiquement. »

Le bien et le mal
Pour enseigner un comportement social, il faut oser parler de bien et de mal. Signe révélateur : dans EVM, ces termes disparaissent. On ne dit pas qu’un élève travaille bien, que ses connaissances sont bonnes. Il « atteint parfois», ou il « atteint généralement » les objectifs. Et surtout pas de critères de valeur !

Haro sur l’enseignement frontal
Aujourd’hui, lorsqu’un maître s’approche de deux élèves qui se battent, sa seule présence ne suffit plus à interrompre la bagarre. Bien au contraire, c’est lui qui risque de recevoir les coups. Dans les petites classes, le DFJ s’emploie à bannir « l’enseignement frontal», c’est-à-dire celui où le maître occupe sa place face à la classe. Si le petit élève n’est pas d’emblée accoutumé à saisir la place de l’adulte et du maître, différente de la sienne, on ne voit pas comment, à douze ans, il ne lui donnerait pas les mêmes coups qu’à ses copains.

A l’école pas comme à la maison
Les démissionnaires affirment que l’école ne peut imposer aux enfants des règles de comportement auxquelles ils ne sont pas habitués à la maison. C’est bien mal connaître les enfants. Tous ceux qui peuvent  confier les leurs  à des grands-parents savent que le petit enfant est très tôt capable de distinguer ce qui se fait avec maman et ce qui se fait avec grand-maman. Il peut donc, dès l’école enfantine, apprendre que l’école obéit à des règles inconnues à la maison.




 

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