Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  LOUIS GUISAN

Penser et enseigner

Paru dans le 1 sept. 1998

Il y a ceux qui parlent, qui écrivent, qui communiquent, qui enseignent : ils ne sont pas si rares, mais beaucoup n'ont rien à dire. Il y a ceux qui s'emploient à édifier un système de pensée cohérent, dans lequel chaque élément se situe en relation avec les autres; la synthèse y a sa place, qui n'est pas celle de l'analyse; les principes  y servent de règles éclairant chaque cas particulier.

Ces penseurs se satisfont souvent de vivre dans la beauté de leur réflexion. Louis Guisan appartenait à la très petite élite de ceux qui à la fois pensent et communiquent.

La première leçon
Ma rencontre avec Louis Guisan ne doit rien au hasard. Avec quelques amis, nous voulions, écrasés par le totalitarisme idéologique de Mai 68, entreprendre une action politique "alternative". De son côté, Louis Guisan déclarait : "Les jeunes demandent où sont les hommes politiques : nous répondons présent !"

Rendez-vous à 9 heures, à son domicile de Lausanne, avenue Verdeil. Nous nous tenions debout, mon ami Favrod-Coune et moi, sur un coin du vaste tapis couvrant le sol d'un salon qui paraissait immense. Et Monsieur le Conseiller aux États Louis Guisan parut, dans un costume gris foncé trois pièces, parfaitement taillé. Avec la condescendance qui convenait à son rang, il s'informa de ses interlocuteurs, de leurs antécédents (Favrod-Coune était le petit-fils du Conseiller national, le fils non-du-notaire-mais-du-docteur; j'étais le cousin de...) puis nous fit asseoir. Il s'informa des nos intentions, ...nous bredouillâmes. Nous croyions pouvoir agir : il nous appris qu'il fallait penser d'abord. Ce fut la première leçon.

A la disposition des jeunes
Les règles de notre collaboration étant définies, les rencontres hebdomadaires ont commencé. Il faut avoir atteint l'âge d'une vie professionnelle, familiale et politique active pour mesurer ce que cette disponibilité signifiait : au milieu d'un agenda aussi chargé que le sien, Louis Guisan acceptait de consacrer régulièrement une soirée à quelques étudiants - certes bien disposés - mais parfaitement ignorant de la vie publique. Il nous suggérait les thèmes de réflexion, la documentation, les personnalités éventuelles à solliciter.

Et je conserve le talon d'un mandat postal qu'il m'a adressé avec, au dos, cette mention : "Petite contribution à vos frais de documentation. L.G.". Mais attention : il ne s'agissait pas de boire des verres et de quêter quelques suffrages (nous n'avions même pas le droit de vote). Il s'agissait de guider le cheminement d'une réflexion politique, rigoureuse, intelligente et honnête. Il s'agissait de nous transmettre une méthode de pensée applicable ultérieurement à des sujets nouveaux.

Avec le recul, j'ai souvent comparé cette période à un catéchisme, fait de règles et d'applications. Jeune adulte, comme on se souvient de son maître de catéchisme, j'ai parfois tenu à solliciter l'avis de Louis Guisan. En 1993, je lui avais adressé une ébauche du Programme du Parti libéral vaudois. Sur trois pages couvertes de sa fine écriture, il prit la peine commenter, de corriger et, surtout, de dégager les lignes de force de notre pensée commune, terminant par ces mots : "Une nouvelle leçon ? N'y voyez que le signe de mon intérêt et de mon amitié". - Si, une leçon de plus !




 

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