Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  RELIGION

Paru dans le 4 mai 2000

Lorsque, en 1874, on introduisit dans la Constitution l’article soumettant l’érection d’évêchés à l’accord de la Confédération, on sortait du Kulturkampf.

Pour protéger la paix publique et l’indépendance du pays, on entendait empêcher une puissance  extérieure, Rome, de toute ingérence politique dans les affaires helvétiques.

Rome était alors pouvoir temporel et spirituel. Depuis les accords de Latran, en 1929, le pouvoir temporel de Rome a été réduit à la portion congrue. En matière de pouvoir spirituel, l’article incriminé crée une discrimination à l’endroit de l’église catholique romaine, ce qui, en droit, paraît peu défendable.

Ne pas entretenir des conflits entre chrétiens
Le protestant a pour tradition de placer l’individu responsable seul en face de Dieu. L’Eglise protestante et ses ministres sont certes appelés à enrichir sa vie spirituelle, éventuellement à guider sa recherche. Mais pas d’autorité, pas d’organisation hiérarchique, pas de puissance spirituelle extérieure. Le protestant, par tradition, éprouve un sentiment de distance par rapport à l’organisation de l’église catholique. Pour cette raison, il pourrait être tenté de voter non.

Et il croirait aider ainsi ceux de ses frères catholiques qui se montrent eux-mêmes critiques à l’endroit de la hiérarchie romaine. Mais au fond, de quoi se mêle ce protestant-là ? Nos temples sont-ils si pleins qu’ils ne puissent s’ouvrir à d’autres contestataires ? Je préfère moi, protestant, n’entretenir aucun conflit qui puisse nuire à d’autres chrétiens, conscient que je suis des périls qui menacent l’ensemble de la chrétienté. 

Les problèmes sont ailleurs
D’autres communautés religieuses se développent et s’implantent dans notre pays. N’y a-t-il pas quelque paradoxe à exiger l’autorisation de la Confédération lorsqu’il s’agit d’ériger un évêché alors que les autorités communales de Prilly sont compétentes pour la création d’un centre islamique ?

S’il s’agit de menaces  pour la paix publique,  elles viennent aujourd’hui d’ailleurs. Non pas des églises traditionnelles et bien identifiées, mais de certaines sectes, dont les membres entretiennent des rapports de soumission à l’endroit d’un gourou plus ou moins mystérieux. J’avoue m’inquiéter beaucoup moins de l’implantation d’un évêché catholique, même à Genève ou Lausanne, que d’apprendre qu’un élu vaudois ou un juge fédéral appartiennent à une secte considérée en France comme une secte dangereuse. Car le libéral veut d’abord l’homme libre, et cette liberté s’accomode mal des pressions exercées sur leurs membres par ces organisations sectaires.

Un garde-fou suffisant
Lorsque l’article sur les évêchés aura été abrogé, notre Constitution conservera la disposition suivante :

« Dans les limites de leurs compétences respectives, la Confédération et les Cantons peuvent prendre des mesures propres à maintenir la paix entre les membres des diverses communautés religieuses » (Art. 79 al.2 CF)

Cette disposition nous parait suffisante.




 

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