Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Attention, danger !

Paru dans le 1 janv. 1992

"La promotion économique est une priorité !" Depuis le temps que tous répètent en choeur cette évidence, on en vient à oublier que les circonstances changent. A l'heure de la relance, quelle place pour la promotion économique ? Ne risque-t-elle pas de nuire plutôt que d'aider ?

Promotion endogène : avec discernement
On parle de promotion économique endogène lorsqu'il s'agit d'aider des entreprises déjà présentes sur notre sol à faire connaître leurs produits et à se développer. En période de crise, les démarches faites par nos autorités communales, cantonales et fédérales pour aider des entreprises en difficultés sont indispensables.

Lorsque la "conjoncture redémarre", il faut être plus nuancé. Les milieux financiers se chargent d'aider les entreprises prometteuses. Il serait faux de faire éternellement survivre des "canards boiteux". La protection des emplois menacés, importante en période de crise, n'a plus véritablement de raison d'être. Mais il peut être sage de soutenir tout un secteur: parce qu'il se trouve coupé de la prospérité par des facteurs structurels; ou parce que,  s'il disparaissait, toute la communauté vaudoise s'en trouverait appauvrie. Il faut donc faire preuve de modération et de discernement.

Promotion exogène :  seulement pour le long terme
La promotion exogène consiste à attirer sur le sol vaudois des entreprises situées à l'étranger. En période de crise, il s'agissait de procurer des emplois. Aujourd'hui, la situation s'inverse. De plus en plus d'entreprises vaudoises peinent à trouver du personnel.

Est-il raisonnable d'augmenter leurs difficultés en attirant sur notre territoire de nouveaux employeurs ? Est-il défendable d'utiliser, pour cette promotion exogène, le revenu fiscal d'entreprises dont on augmenterait encore les difficultés ?

On pourrait répondre non. Et renoncer immédiatement à tout effort de promotion économique exogène. Mais il faut regarder au-delà du temps court du renversement conjoncturel. Et reparler de globalisation.

Au nom de la globalisation : miser sur la biotechnologie
On répond à la globalisation  par la spécialisation. Cette spécialisation se réalise sous nos yeux. Le canton de Vaud est en passe de devenir un des plus grands pôles européens de biotechnologie (cf. Bilan, ed. septembre 2000). La nouvelle coopération triangulaire entre l'Université de Lausanne,  l'EPFL et l'Université de Genève sous le titre "Vie, Santé, Société" en est un des moteurs essentiels. A notre sens, la promotion économique exogène n'a de sens que si elle vise au renforcement de ce pôle d'excellence, c'est-à-dire si elle s'adresse spécifiquement à des entreprises actives dans ce très vaste domaine.

 
Arc lémanique ou Canton de Vaud ?
Nous connaissons une objection : la biotechnologie n'intéresserait que l'arc lémanique, pas le reste du canton. Voir ? Il faut d'abord considérer que l'ouverture prochaine de l'autoroute Yverdon-Avenches va transformer la géographie du canton. Cette autoroute va relier le canton de Vaud à lui-même. Elle va réduire considérablement la distance de Payerne à Nyon ou à Aigle. Elle va rapprocher Avenches de Dorigny.

Et observons ce qui se passe : la très prestigieuse entreprise horlogère Audemars-Piguet, à la Vallée de Joux, vient de se diversifier en se lançant dans la micro technique médicale. C'est dire que le canton de Vaud tout entier peut se trouver dynamiser par un pôle d'excellence dans tout ce qui touche à la vie. C'est dire que, si notre promotion économique a une raison d'être, aujourd'hui, c'est de s'employer à renforcer ce pôle d'excellence.

Si on refuse la spécialisation, qu'on le dise !
En matière de prospective politique, personne ne peut être sûr de détenir la vérité. Nous pouvons admettre que certains adoptent un point de vue opposé. Il consisterait à affirmer que, face à l'incertitude de l'avenir, il est raisonnable de maintenir un tissu économique diversifié. La promotion économique exogène se chargerait alors d'attirer précisément des entreprises qui se situent dans des secteurs moins en vue.

Pour notre part, nous privilégions l'option de la spécialisation. Quoiqu'il en soit, il est essentiel que ce débat ait lieu : sans un choix clair, la promotion économique ne devient plus qu'un thème pour discours de cantines et un chantier occupationnel pour organismes inutiles.




 

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