Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  ENSEIGNEMENT

Paru dans 24 Heures le 12 juil. 2004

Le contre-projet à l'initiative libérale sur les notes comporte une disposition dont on a peu parlé. La loi scolaire vaudoise précise dorénavant que les objectifs du plan d'étude « sont définis en termes de compétences fondées sur des connaissances ».

Cette disposition a semblé si évidente que les députés de tous les partis l'ont adoptée sans opposition. Et pourtant, elle marque un tournant fondamental dans notre école publique, probablement plus important encore que le choix de l'évaluation avec ou sans notes.

Si vous consultez le plan d'études vaudois actuellement en vigueur, vous constaterez que les connaissances en sont absentes. Plus grave: le Plan d'études cadre romand (PECARO), actuellement en consultation, qui prétend coordonner l'instruction publique des cantons romands, a rayé les connaissances de son vocabulaire.

Il faut remonter à Mai 68 pour comprendre cette évolution. Cette révolution est partie de la contestation systématique de toutes les hiérarchies.

Contestation des autorités politiques, d'abord. Puis, contestation de l'autorité des maîtres dans l'école, de celle des parents dans les familles, de celle des pasteurs dans l'Eglise. Il s'agissait d'un ras-le-bol à l'endroit d'une société dans laquelle trop de personnages se croyaient autorisés à faire acte d'autorité par le simple fait qu'ils occupaient une position dominante.

Mais le mouvement est allé beaucoup plus loin: dans la contestation de l'autorité des valeurs. « Chacun sa route, chacun son chemin: passe la consigne à ton voisin », avons-nous chanté en refrain comme des perroquets écervelés. Et c'est là que Mai 68 a vraiment commencé à nuire. Tout est devenu affaire personnelle: tu fais comme tu penses, comme tu sens, ce n'est pas mon problème: il n'y a pas de vérité universelle !

Dans de nombreux domaines, cette idéologie déstructurée a été abandonnée tant elle est apparue absurde. Mais nos penseurs pédagogiques sont restés fixés sur cette obsession: à bas l'autorité ! L'autorité du maître, d'abord, qui doit « suivre la progression de l'élève » et s'interdire tout enseignement frontal et toute position hiérarchique. Mais surtout: à bas l'autorité de la connaissance !

La pédagogie a décidé de remplacer les connaissances par des compétences. La compétence, c'est bien, mais ce n'est pas au même niveau. La compétence caractérise l'individu alors que la connaissance constitue le patrimoine de l'humanité. Elle est une valeur supérieure. Elle permet de discerner le bien du mal, le vrai du faux, le beau du laid.

La connaissance fonde l'autorité. Lorsque nos plans d'étude combattent les connaissances, ils combattent l'autorité. Il est temps de tourner la page. Ce qui doit être au centre de l'école, ce n'est ni le maître ni l'élève, mais la connaissance ! Il n'y a pas de compétence qui ne soit d'abord basée sur des connaissances. Pas de solution de problèmes mathématiques sans connaissance de l'arithmétique. Pas de maîtrise de l'expression orale sans connaissance du vocabulaire. Pas de journaliste compétent sans connaissance de la matière. Pas de critique d'art compétent sans connaissance des écoles de peinture et des techniques. Pas de chirurgien compétent sans connaissance de l'anatomie.

L'amélioration de nos compétences passe toujours par l'approfondissement de nos connaissances. Et celui qui entend développer ses compétences commence toujours par une démarche de soumission à l'autorité de la connaissance.

Le Grand Conseil vaudois, en décidant de préciser dans la loi que les compétences sont « fondées sur des connaissances », a remis les connaissances au centre de l'école. Le plan d'étude vaudois devra être retravaillé dans ce sens. Quant au PECARO, en dépit des heures de travail que ses 400 pages représentent, il devra repartir de zéro s'il veut que les Vaudois s'y conforment. Il devra surtout être confié à des gens neufs, qui ont assez de modestie pour respecter l'autorité de la connaissance.




 

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