Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 13 août 2004

Les sportifs ont le goût de l'effort. Même si l'argent pollue un peu l'idéal olympique, une réflexion sur le goût de l'effort s'inscrit dans l'engagement humaniste de Pierre de Coubertin.

Les animaux n'organisent pas de jeux olympiques. Lorsque la bête fait un effort, c'est toujours pour satisfaire un besoin immédiat, principalement celui de la nourriture ou celui de la reproduction. Le fauve dépense l'énergie nécessaire pour attraper sa proie, la dévore puis s'endort. Quelques espèces animales, il est vrai, font exception. L'écureuil faisant provision de noisettes paraît adopter un comportement humain.

Seul l'être humain est capable de fournir des efforts qui ne sont pas dictés par une nécessité immédiate. Il le fait dans l'idée d'un profit différé dans le temps, pour soi-même ou pour autrui. Nous peinons non pas seulement pour la nourriture d'aujourd'hui, mais pour notre sécurité de demain. Ou pour celle de nos enfants. Ou pour apporter quelque chose à d'autres. Ou pour contribuer à une œuvre collective. Auguste Renoir peignait dans la souffrance des rhumatismes « parce que la beauté demeure ». Il n'est pas faux d'affirmer que ce qui fait la richesse d'une société est produit par ceux et celles qui ne craignent pas l'effort. De ceux qui, progressivement, ont acquis le goût de l'effort.

C'est pourquoi le goût de l'effort est une valeur de l'humanité. Valeur de droite, disent certains avec mépris. Oui, valeur de droite, répondons-nous avec fierté ! Car c'est une valeur qui enrichit la société au lieu de consommer ses ressources.

Mais le goût de l'effort n'est pas inné: il doit s'apprendre et se développer. Il commence par la découverte d'une satisfaction pour soi ou pour autrui.

Après quoi il devient un comportement naturel. Développer le goût de l'effort devrait donc être la première préoccupation des éducateurs, parents et enseignants. Et la préoccupation permanente des autorités politiques. Nous en sommes bien loin, hélas.

Inutile de rappeler que le goût de l'effort a été rayé de nos objectifs scolaires. Et c'est pourtant à l'école que peut se développer ce comportement si humain.

Nos politiques salariales sont dominées par les automatismes: pour nos syndicalistes, l'idée que celui qui travaille plus et mieux puisse en retirer un salaire plus élevé semble devenue une hérésie. Il faut avouer à leur décharge que les salaires exorbitants versés à certains patrons, sans commune mesure avec l'effort qu'ils fournissent, sabordent le goût de l'effort.

Notre politique fiscale devient confiscatoire à l'endroit de ceux qui améliorent leur revenu par un effort personnel. Quant à notre politique sociale, obsédée d'égalitarisme, le moins qu'on puisse dire est qu'elle est bienveillante à l'endroit de ceux qui ne sont pas habités par le goût de l'effort.

Le pire symbole du refus de l'effort se trouve dans les drogues, et notamment cette drogue « douce » qu'est le cannabis: que recherchent les jeunes qui fument un joint avant l'école sinon à contourner les efforts. Pas étonnant d'ailleurs que les plus fervents adeptes de la dépénalisation du cannabis soient aussi ceux qui sourient le plus lorsqu'on parle du goût de l'effort.

L'enrichissement d'une société ne peut avoir qu'une cause: que les individus, dans leur ensemble, produisent plus qu'ils ne consomment. Lorsque l'individu, pareil à un animal, ne fournit que l'effort nécessaire à sa jouissance immédiate, il n'y a pas de prospérité commune.

Admirons le goût de l'effort qui fonde l'idéal sportif. Mais ne le limitons pas au sport. Car le goût de l'effort constitue à la fois la particularité et la richesse du genre humain.

* Voici une citation illustrant l'esprit humaniste de P. de Coubertin: « On n'est pas dans ce monde pour y vivre sa vie mais celle des autres. Les plus grandes joies, d'ailleurs, ne sont pas celles que l'on goûte mais celles que l'on procure. »




 

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