Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 1 déc. 2005

Bouleversante et dramatique cette déclaration d’un jeune des banlieues françaises: «On a beau avoir réussi un baccalauréat: quand on s’appelle Ali ou Mohammed, on ne nous veut pas!» La France a décidé que 80% des jeunes obtiendraient un baccalauréat. Ils l’ont donc obtenu, mais au prix d’une baisse spectaculaire des exigences.

Lorsque le certificat délivré par l’école publique ne vaut plus rien, lorsqu’on refuse de sélectionner les meilleurs et les plus méritants, on retombe dans la plus abjecte des sélections: celle de la race, celle du nom de famille, celle du milieu social. Est-ce cela que nos idéologues appellent «l’égalité des chances»?

Chez nous, EVM n’a qu’un mot à la bouche: lutter contre l’échec scolaire. Et pour ce faire, on baisse les exigences. La dernière mouture du règlement scolaire, qui — en 7e et 8e année — accorde automatiquement la promotion aux élèves en situation d’insuffisance, en constitue une nouvelle illustration.

Dans la voie gymnasiale, grâce à un effort et un engagement remarquable du corps enseignant, on parvient encore, malgré la baisse du niveau du certificat d’études secondaires, à atteindre le niveau d’un vrai baccalauréat, qui n’a pas connu la dévalorisation de son homologue français. Mais jusqu’à quand?

Pour la voie secondaire «à option», le Département de la formation et de la jeunesse a dû créer l’OPTI*, sorte de rattrapage en une 10e année des insuffisances des neuf années de scolarité obligatoire.

Lorsque l’institution publique ne remplit plus sa tâche, c’est le secteur privé qui prend la relève. De plus en plus d’entreprises exigent que les candidats àl’apprentissage se soumettent d’abord à un examen. C’est le test Multicheck, pour les formations commerciales. C’est le test «Basic-check», pour les métiers techniques.

Au terme de ces examens, seuls les plus méritants auront une chance de trouver une place d’apprentissage. Les plus méritants, qu’ils se prénomment Nicolas, Pedro, Ali ou Mohammed. Bravo et merci au secteur privé d’offrir aux jeunes une chance d’entrer de plain-pied dans la vie professionnelle, quelle que soit leur race, leur famille ou leur milieu social.

Ce qui se passe en France doit nous ouvrir les yeux. Lutter contre l’échec scolaire est un objectif louable s’il signifie que l’école entend engager les moyens appropriés pour permettre aux élèves de remplir les exigences que la société est en droit d’attendre d’un système éducatif. Mais lorsque, pour atteindre ce but, elle renonce à exiger et à sélectionner, elle ferme la route de la vie à tous ceux qui n’ont pas la chance d’être nés dans la bonne famille.

Samedi 12 novembre, au cours d’un des forums réunis pour redéfinir les missions du cycle initial (l’ancienne «école enfantine»), plusieurs orateurs ont demandé que des objectifs précis soient fixés à cette première phase de l’école publique. Protestation immédiate des milieux formatés EVM: «Horreur! qui dit objectif dit sélection!»

Disons le clairement: il y a toujours une sélection. Je choisis sans hésitation la sélection au mérite, garantissant que le porteur d’un certificat d’études ou d’un baccalauréat a rempli des exigences bien définies. Même s’il s’appelle Ali ou Mohammed. Lorsque les diplômes ne sont que chiffons de papier, Ali et Mohammed n’ont plus d’avenir. Et cette sélection-là, celle des banlieues françaises, est infâme: c’est une injure à l’humanité.

* Office de perfectionnement scolaire, de transition et d’insertion




 

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