Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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CHUV : surcharge volontaire ?

Paru dans 24 Heures le 16 avril 2007

Le Centre hospitalier universitaire vaudois est chroniquement surchargé. Il suffit qu’une vague de chaleur ou de froid caresse nos rivages pour qu’on lance des cris d’alarme : le CHUV déborde, il manque de lits, on cherche en urgence des établissements de dégagement !

Plutôt que de chercher sans fin à augmenter les capacités d’accueil de notre hôpital universitaire, cherchons à comprendre ce qui le fait déborder.
Le CHUV est hôpital de référence de niveau universitaire à l’échelle du canton ou de la Suisse pour un certain nombre de cas particulièrement lourds.

Ces patients sont « transférés » au CHUV, seul capable de les traiter, avec une compétence qui force l’admiration. Il n’est pas question de refuser ces transferts, le CHUV est fait pour eux. Mais ce ne sont pas eux qui le font « déborder ».

Le CHUV est aussi hôpital de proximité pour la région lausannoise. Il accueille des patients de la région dont l’état ne réclame pas les compétences et la technique d’un centre universitaire. Ce sont ces cas qui créent la surcharge. Ce sont ces cas que nous devrions chercher à détourner du CHUV. Le problème va en s’aggravant puisque la population de la région lausannoise augmente. La fermeture de l’Hôpital de Lavaux, en 2003, n’a rien arrangé.

L’autre problème est celui des urgences. Il n’y a pas si longtemps, on n’entrait pas au CHUV comme dans un supermarché. Les cas graves transportés par ambulance mis à part, il fallait, pour entrer à l’Hôpital Cantonal, une demande d’admission signée par un médecin, après examen du patient et premier tri.  Aujourd’hui, les urgences du CHUV sont devenues trop accessibles.

Et malgré toute la rigueur déployée par le personnel médical et paramédical qui y travaille, il est très difficile de refuser un patient. Une fois passé par le service des urgences, le patient est admis dans le CHUV, qui doit bien le traiter ou chercher à le transférer ailleurs : il participe à la surcharge.

Deux  voies pour tenter d’alléger la surcharge chronique du CHUV. La première consiste à créer dans la région lausannoise un hôpital de proximité, dans lequel le médecin traitant suit son patient. Les cliniques privées jouent ce rôle pour les patients bénéficiant d’une assurance adéquate. Pour les autres, il conviendrait que le financement public suive le patient. C’est dans cette direction que travaillent les Chambres fédérales lorsqu’elles étudient le financement « moniste », comme l’appelle leur jargon.

L’autre voie consiste à rétablir le certificat médical d’admission au CHUV. Le patient devrait avoir été examiné par son médecin traitant ou un médecin de garde qui déciderait s’il a vraiment besoin d’être hospitalisé. Dans les autres cas, le traitement pourrait être effectué ambulatoirement ou à domicile.

Le CHUV cherche désespérément comment transférer ailleurs les patients trop nombreux qu’il accueille. La bonne démarche consisterait plutôt à réduire le nombre de ceux qui y entrent. Des solutions sont possibles. Elles auraient pour effet de diminuer le monopole que le CHUV tend à exercer sur les soins dans la région lausannoise. Il est à craindre que les responsables politiques n’aient ni cette ambition, ni cette volonté…




 

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