Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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  ENTREPRENDRE ET AGIR

Paru dans le 10 déc. 2001

L’analyse marxiste de l’histoire nous a contaminés. Dans sa logique, le monde évoluerait en obéissant à des phénomènes inéluctables, au milieu desquels des hommes-alibi n’auraient pas grande influence. Les libéraux affirment que ce sont les personnalités qui font l’histoire.

Dans quelques jours, l’Europe aura sa monnaie unique. A Beaulieu, le 9 novembre dernier, on pouvait entendre Jacques Delors, Helmut Schmidt et Valéry Giscard d’Estaing nous parler de leur engagement pour l’Euro. Imaginez – pour ne prendre qu’un exemple – le combat mené par le Chancelier socialiste Schmidt pour obtenir de la Bundesbank qu’elle renoncer au Mark, ce symbole de la prospérité allemande : d’abord une vision, puis un long combat, opiniâtre, acharné pour convaincre pas à pas tous ceux qui devaient ensuite reprendre la lutte à leur compte.

Dans son célèbre appel du 18 juin 1940, Charles de Gaulle, le rebelle, voit au-delà de la guerre : « Un jour, ces forces (= celles du monde libre, ndlr) écraseront l’ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. » Voilà pourquoi il combattra avec la dernière énergie le projet des Américains d’établir, dans la France libérée, l’AMGOT, l’Allied Military Government in Occupied Territories. Combat acharné, souvent déçu, jamais despéré.

Et nos historiens marxistes voudraient, ensuite, nous faire croire que tout se serait passé de la même manière, sans ces hommes d’exception. Que l’Euro est le fruit d’une évolution inévitable. Que la France devait forcément redevenir une grande puissance. Non ! Les circonstances sont données, certes, mais ce sont des hommes qui agissent et influencent le cours de l’histoire.

Sinon, autant démissionner devant toute décision politique. A quoi bon lutter si les phénomènes se réalisent par eux-mêmes. Des statistiques devraient suffire à prévoir le chemin. C’est ainsi que beaucoup d’hommes politiques se transforment en gestionnaires, réfugiés derrière les conclusions d’innombrables et interminables études. C’est aussi l’attitude des ultra-libéraux qui attendent des « lois du marché » la vérité qu’ils ne peuvent discerner.

Les historiens qui réfutent le rôle des hommes dans l’histoire et les ultralibéraux méprisent semblablement la dimension de l’homme. Le libéralisme – tel que nous le comprenons – considère l’homme comme responsable. De sa vie personnelle, mais aussi de l’histoire dans laquelle son action s’inscrit. C’est pourquoi il a le courage d’entreprendre, de décider et d’assumer. Puis de persévérer. Car l’improvisation, en politique, n’est qu’une façon de se soumettre aux phénomènes.

La lecture que les libéraux font de l’histoire est seule à même de justifier leur engagement dans la société. Sans elle, autant vaquer à ses petites affaires !

Grand Conseil vaudois : des études pour ne pas économiser
Face aux difficultés financières de notre canton, un député socialiste a demandé que l’on établisse des comparaisons intercantonales. Un député écologiste, pour sa part, voudrait qu’une étude définisse le niveau d’endettement compatible avec le développement durable. Toujours la même démarche : on n’a pas le courage de prendre des mesures concrètes d’économie et on voudrait que des « phénomènes », établis par des études de spécialistes, fassent la décision à la place des élus. C’est à cette attitude de démission que conduit la lecture marxiste de l’histoire.

Constituante : confier l’Avenir à un Conseil
Si ce sont des phénomènes inévitables qui conduisent l’histoire, il devrait suffire de prévoir ceux de demain pour connaître l’Avenir. C’est dans cet esprit que la majorité de notre excellente Constituante croit utile de créer un Conseil de l’Avenir. Quand on admet que les hommes et les femmes ne sont de toutes manières que les jouets de phénomènes qui les dépassent, on peut raisonnablement faire confiance au Conseil de l’Avenir.

Mais alors pourquoi conserver un Conseil d’Etat et un Grand Conseil ? Probablement parce que ces Constituants majoritaires pressentent bien que l’avenir sera bel et bien ce que des hommes et des femmes en feront. Englués de marxisme, ils conservent un fibre libérale. On est en droit d’espérer… 

       Jacques-André Haury




 

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