Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 27 mars 2009

Le même vendredi 20 mars, 24 heures nous apprend à quel point il est facile de se procurer de la cocaïne à Lausanne, et la Radio romande, dans son Grand 8 , ouvre le débat sur la simplification de l’orthographe. C’est en réalité le même débat: convient-il de banaliser?

Si les dealers se multiplient chez nous, c’est que la consommation de cocaïne s’est banalisée. Et s’il convient de simplifier l’orthographe, c’est que trop de gens ne savent plus écrire. Entre le «tout le monde sniffe», admis par un étudiant en médecine, et la «baisse de maîtrise de l’orthographe au cours des vingt dernières années», reconnue par la linguiste Marinette Matthey, la parenté de pensée est évidente: banalisation.

Pour la cocaïne, l’histoire est simple: le courant éducatif né dans la foulée de Mai 68 a proclamé l’enfant roi. Mort à l’éducation bourgeoise qui prétendait imposer à l’enfant des règles: qu’il se libère et fonde ses choix sur ses préférences immédiates, quelles qu’elles soient! Qu’il commence à fumer des joints: banal! Et si, un peu plus tard, il s’essaie à des drogues dures, banalité encore.

La maîtrise de l’orthographe a subi le même cheminement: peu importe comment, il suffit que l’enfant s’exprime. Certes, l’école s’emploie toujours à lui enseigner la grammaire et l’orthographe, mais elle baisse les bras si l’objectif n’est pas atteint: banalité que tout cela.

L’étape suivante consiste à dépénaliser les drogues et à admettre l’orthographe phonétique.

Nos sociétés pratiquent avec une belle hypocrisie à la fois la banalisation et l’indignation. Indignation justifiée lorsqu’une jeune fille se fait enlever et tuer par un pervers. Indignation en face de certaines pages de notre Histoire. Indignation face aux bonus versés dans certaines entreprises. Mais banalisation des dérapages successifs dont ces scandales ne sont que l’aboutissement.

Refuser la banalisation, c’est créer un ordre, établir une hiérarchie. C’est admettre qu’il y a un bien qui se distingue du mal, qu’il y a un vrai qui se distingue du faux, qu’il y a un juste qui se distingue de l’injuste, qu’il y a un beau qui se distingue du laid. Refuser la banalisation, c’est rechercher des vérités qui dépassent l’individu, et que l’éducation s’emploie à enseigner.

Le débat sur l’orthographe est révélateur: ceux qui la maîtrisent constitueraient une élite. Certains choisissent de supprimer les difficultés orthographiques pour supprimer les différences sociales. Nous préférons la démarche opposée.

Nous affirmons que, effectivement, ceux qui respectent les règles sont supérieurs à ceux qui les ignorent ou qui les méprisent. Nous affirmons qu’un être civilisé n’est pas l’égal d’un sauvage. Que la pédagogie (au sens étymologique) vise à élever l’homme, à le rendre supérieur au sauvage. Et que, si les inégalités peuvent choquer, c’est en civilisant le sauvage qu’il convient de les corriger, et non pas en banalisant la sauvagerie.

La banalisation n’est pas le fruit d’un hasard sociologique: elle est l’aboutissement naturel de l’idéologie égalitariste obstinément défendue par la gauche et si mal combattue par la droite.

L'invité Jacques-André Haury




 

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