Jacques-André Haury Jacques-André Haury - médecin et député
Jacques-André Haury
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Paru dans 24 Heures le 8 déc. 2009

Patient sevré, client perdu!

Après la Fondation du Levant, c’est la Fondation des Oliviers qui doit courber l’échine devant les contraintes de l’Etat. Ces deux fondations avaient en commun une démarche: la guérison par l’abstinence; face aux drogues pour l’une, face à l’alcool, pour l’autre. «Le débat doctrinaire autour de l’abstinence n’a pas d’intérêt», déclare le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard. C’est pourtant le cœur d’un débat qui devrait justement préoccuper notre ministre de la Santé.

L’évolution de la médecine contemporaine se caractérise par une formule: «Prendre en charge». De moins en moins, elle prétend guérir; de plus en plus, elle veut accompagner le patient dans un traitement appelé à se prolonger jusqu’à son dernier souffle.

Pour les toxicomanies, on renonce au sevrage au profit d’un accompagnement «à bas seuil». Même si le sevrage ne réussit pas dans tous les cas, ceux au moins qui sont parvenus à l’abstinence sont guéris de leur maladie et n’ont plus besoin d’être «pris en charge».

De même pour d’autres maladies: un certain nombre d’hypertendus ou de diabétiques retrouvent des valeurs normales après avoir subi un régime ou entrepris une activité sportive. Que ces mesures ne réussissent pas dans tous les cas ne devrait pas conduire la médecine à y renoncer au profit de pilules à avaler «à vie».

Telle est pourtant la tendance actuelle. La littérature médicale abonde d’articles ventant un dépistage précoce et un traitement de longue durée. Mais rares sont les études qui chercheraient comment et quand un traitement peut être interrompu, un médicament abandonné; l’abstinence médicamenteuse n’intéresse pas grand monde.

Cette évolution est la résultante de trois forces convergentes.

D’abord, l’idéologie de la gratuité: il devrait être possible de tout obtenir sans effort. L’abstinence, le régime, l’exercice physique supposent un effort, mais l’effort n’est pas à la mode. Il est tellement plus facile d’absorber quelques pilules.

Ensuite, l’ambition légitime des professionnels de la santé de faire le bonheur de leurs patients: une «prise en charge» de longue durée apparaît comme plus charitable qu’un traitement contraignant, limité dans le temps, qui rend le patient à sa propre responsabilité. Plus lucrative, aussi, parfois…

Enfin, les intérêts de l’industrie pharmaceutique, qui fait ses choux gras des traitements médicamenteux perpétuels et n’a aucun intérêt à soutenir les études qui pourraient proposer leur interruption.

M.  Maillard se trompe lorsqu’il considère le débat autour de l’abstinence comme dénué d’intérêt. En refusant d’appuyer les efforts faits par Le Levant et Les Oliviers pour promouvoir l’abstinence, il contribue à renforcer une médecine fondée sur la dépendance: dépendance à l’endroit de professionnels de la santé, dépendance à l’endroit de systèmes de soins, dépendance à l’endroit de ces drogues légales qu’on appelle médicaments. Curieuse conception de la santé!

Notre ministre socialiste devrait se montrer plus critique à l’endroit de son administration, et écouter un peu mieux la petite voix humaniste et libérale qui murmure en lui.

Jacques-André Haury




 

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