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  OPINION

Suisse à 10 millions: le «chaos» ou une chance pour la Suisse?

Paru dans Le Temps le 22 mai 2026

Suisse à 10 millions: le «chaos» ou une chance pour la Suisse?

Les opposants à l'initiative «Pas de Suisse à 10 millions!» nous prédisent le chaos en cas d'acceptation. Et si, tout au contraire, ce oui constituait pour notre pays une obligation salutaire de l'éviter?

Nous sommes obligés d'importer de la main-d'œuvre, disent les opposants, pour assurer la pérennité de plusieurs activités. On doit d'abord remarquer que ces activités «menacées» occupent déjà pas mal d'étrangers immigrés, qu'il n'est pas question de renvoyer chez eux. Mais, de façon plus générale, cette préoccupation interroge d'abord notre système de formation. Dans les années qui viennent, et notamment en raison du développement de l'intelligence artificielle, certaines professions connaîtront une pléthore, qu'il convient d'anticiper en réduisant certaines filières au profit d'autres. Qu'on pense aux interprètes et traducteurs, aux graphistes, aux sociologues, aux greffiers de nos tribunaux, etc. Cette adéquation de notre dispositif de formation est indispensable, si nous ne voulons pas former des hordes de chômeurs. Un oui le 14 juin contraindrait la Suisse à empoigner cette nécessaire révolution. S'y ajoute que, pour répondre à la pénurie et à la pléthore, le libéral considère qu'il faut jouer sur les salaires: revaloriser certains emplois, mais aussi en dévaloriser d'autres!

Retraite selon la durée de cotisation et efficience de la santé

Nous sommes obligés d'importer de la main-d'œuvre pour assurer le financement de notre prévoyance vieillesse, martèlent les opposants. Peut-on sérieusement considérer que ce financement dépende d'une main-d'œuvre importée? Ces immigrés nécessaires à l'équilibre de l'AVS viendront assez vite gonfler les rangs des retraités, et il faudra renforcer encore cette immigration pour maintenir l'équilibre. Non: l'équilibre doit venir d'une modification du passage à la retraite, en prenant en considération non pas un âge, mais un nombre d'années d'activité. Si on retient le chiffre de 43 ou 44 ans, il n'y aura pas de relèvement de l'âge de la retraite pour les travailleurs qui ont commencé jeunes. Mais celles et ceux qui se mettent au travail plus tard, après des études prolongées, devront travailler jusqu'à 70 ans, voire au-delà, ou alors se contenter d'une rente réduite. A cette évolution, nous n'échapperons pas. Un oui le 14 juin contraindrait notre pays à empoigner cette démarche sans délai.

Système de soins critiquable

Nous sommes obligés d'importer de la main-d'œuvre, disent les opposants, pour faire fonctionner notre système de santé et prendre soin de nos aînés dans les EMS. S'agissant du corps médical, on doit questionner son efficience, une notion très peu présente dans la formation académique. Tous les examens et tous les traitements prescrits sont-ils vraiment utiles au patient ou servent-ils principalement à protéger les médecins contre d'éventuels querelleurs? Quant aux EMS, il s'agit d'un sujet délicat: de quels «aînés» s'agit-il? Il est permis de critiquer un système de soins qui maintient en vie des personnes en situation de démence profonde, qui ne demanderaient qu'à mourir si elles pouvaient exprimer leur avis. Vérifier aussi le respect des directives anticipées par le personnel soignant, en particulier lorsque le patient est réanimé dans un service d'urgence. C'est tout le débat sur les soins palliatifs, qui agite aussi les autorités françaises. Un oui le 14 juin contraindrait notre société à progresser dans ces réflexions.

Ce ne sont que quelques illustrations de problèmes importants que notre pays doit affronter: la fuite en avant des opposants ne servira qu'à les différer dans le temps, donc à les aggraver.




 

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